
6 route de Hohengoeft
Wasselonne 67310
ph: 0673888455
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(écrite en 1994)
Ma peinture et moi sommes nés le 17 février 1934 en Alsace, à Sondernach, au fond de la vallée de Munster: je dis «ma peinture et moi», car aussi loin que remontent mes souvenirs cette instigation - ce don de Dieu - m'a toujours habité. Très tôt le dessin, et surtout la peinture, ont été mes préoccupations essentielles. Au fur et à mesure que je découvrais les choses de la vie et du monde, dans mon for intérieur, dans l'intimité de mon âme comme à travers le cheminement inconscient de mes sentiments, je ne pensais que peinture: en peignant je concrétisais mes rêves et mes fantasmes, mes méditations et mes étonnements. J'ai encore dans l'oreille les paroles de mon entourage, parfois perçues comme des remontrances : «Besch wedd'r am mola !!» («tu es de nouveau en train de peindre!!- ou plutôt : «tu ne fais que peindre!»). Souvent on me disait aussi que j'étais têtu («Dekkopf»), observation sans aucun doute justifiée : instinctive-ment, pour mon autodéfense, je prenais une certaine attitude, je me renfermais en moi-même. Aujourd'hui je sais que c'était là une façon de protéger ma sensibilité, de sauvegarder l'indépendance de ma personnalité. Bien plus tard, même à l'âge adulte, le fait de peindre s'accompagnait toujours d'un sentiment de culpabilité... Mais tout cela est bien trop long et trop complexe à expliquer ici.
Dès l'âge de sept ans je sortais avec mes crayons de couleurs et mon bloc à dessin pour croquer des paysages d'après nature. C'était passionnant!! Un peu plus tard, je découvris l'aquarelle et, vers l'âge de dix ans, ce fut la révélation fabu-leuse, extraordinaire : la peinture à l'huile. Le plus grand moment de mon existence... A onze ans je réalisais mes premières peintures à l'huile. Très tôt la librairie Bleicher à Munster, me faisant des cadres, commençait à exposer mes peintures dans sa vitrine. Tout de suite l'accueil fut assez favorable. Vers seize ans des maisons d'encadrement - Broglin à Colmar, Kohler à Sélestat - m'offrirent leurs étalages. Bien d'autres encore m'épaulèrent à mes débuts. Depuis 1957, j'ai l'immense joie de pouvoir me consacrer entièrement à ma peinture, en serviteur aussi fidèle qu'inconditionnel d'un art qui me permet de donner le meilleur de moi-même, sincèrement, sans prétention ni complaisance, et ce malgré les doutes, les moments de profonde inquiétude. Émerveillé par la féerie des couleurs, spontanément, intuitivement, j'ai obéi - et j'obéis toujours - à des impulsions profondes, inexplicables, indéfinissables et mystérieuses. J'essaye de fixer sur la toile ce que je ressens devant les beautés de la nature, des êtres et des choses, dans l'espoir de faire partager mes émotions à ceux qui regarderont ma peinture...
J'ai cinquante ans et j'ai peint environ quatre mille toiles. Je sais bien que la quantité ne fait pas forcément la qualité et je dois reconnaître que, malgré ce nombre, aucune de mes peintures ne m'a donné pleine satisfaction : de toute façon, dans ce «métier», l'apprentissage n'est jamais terminé, et la perfection est une utopie. D'autre part, ce que je fais ne plaît pas à tout le monde, ce qui est normal: peignant des paysages et des fleurs dans l'esprit des «révolutionnaires de l'art de notre vingtième siècle, je ne donne évidemment pas l'image d'un artiste d'avant-garde. Mais là n'est pas mon propos : l'avenir jugera... Disons néanmoins, même si cela peut paraître présomptueux et démagogique de ma part, que les vrais amateurs de ma peinture sont en général des personnes sensées, lucides, et parfois même extrêmement averties des choses de l'art...
Pour la petite histoire : je suis issu d'une famille modeste et simple. Nous étions sept frères et soeurs à la maison et nos parents faisaient de leur mieux pour nous élever. A quatorze ans, j'ai quitté l'école communale obligatoire et j'ai continué d'aider ma mère et mon père dans les travaux des champs et de la maison, à les seconder pour subvenir aux besoins de notre grande famille. Par cette enfance plutôt austère - mais non malheureuse - j'étais habitué à une vie simple et frugale. Concernant ma peinture, je n'ai pu, au départ, compter sur aucune aide, ni morale, ni matérielle. Mais je n'ai jamais considéré cela comme une injustice ou un handicap, je penserais plutôt que c'était là un énorme avantage. J'ai dû me débrouiller seul pour surmonter tous les obstacles jalonnant la route sur laquelle je me suis engagé, mais c'est justement cela qui m'a été bénéfique, m'a mûri davantage, m'a fait réfléchir... Je n'ai donc fréquenté aucune école ou académie de peinture et je suis, dans le plein sens du terme, un peintre autodidacte. Cela ne me donne aucun complexe d'infériorité, comme je n'en retire une quelconque vanité. Pour mon bonheur, conjointement au don de peindre - dans la mesure où je possède ce don - la providence m'a doté d'une philosophie optimiste qui m'a aidé et m'aide toujours à affronter les aléas de la vie...

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